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Roundup : l'etat exige une nouvelle expertise -
Une
étude récente montre que ce sont les composés ajoutés à la substance
active de l'herbicide qui sont les plus toxiques pour les cellules
humaines et animales.
L'herbicide le plus vendu au monde est de nouveau sur la sellette.
On connaissait l'efficacité du Roundup, fabriqué par la multinationale américaine Monsanto, sur les mauvaises herbes.
On se doutait moins qu'il tuait aussi les cellules humaines...
C'est pourtant ce que viennent de confirmer Nora Bénachour et Gilles-Eric Séralini, de l'université de Caen, dans un article paru dans Chemical Research in Toxicology.
Les chercheurs ont évalué la toxicité de 4 formulations différentes du Roundup sur 3 types cellulaires humains : des cellules embryonnaires, placentaires & issues de sang de cordon ombilical.
Résultat : à des doses infinitésimales - soit une dilution du produit d'un facteur 100.000 - la mort des cellules survenait dans les 24 H.
Pour eux, en interférant avec l'activité de plusieurs enzymes clés du mécanisme cellulaire, le Roundup provoque l'asphyxie de la cellule & entraîne sa nécrose, lorsqu'il ne déclenche pas directement le processus d'apoptose, ou « suicide cellulaire ».
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1ère nouveauté de cette étude par rapport aux travaux déjà menés en 2005 par Gilles- Eric Séralini et son équipe : la dose très faible de Roundup employée.
Même à l'état de traces, l'herbicide serait donc toxique pour les cellules humaines.
2de révélation : le glyphosate, le «principe actif» principal du Roundup, est loin d'être le composé le plus toxique !
Au-dessus de lui trône l'AMPA (acide amino- méthyl-phosphonique), produit par sa dégradation.
Et, au-dessus encore - à la grande surprise des chercheurs - le POEA (un dérivé d'acide gras d'origine animale). Ce dernier est le principal adjuvant ajouté au glyphosate.
Car sans adjuvant, pas de Roundup possible. En effet, seul, le glyphosate est très peu efficace.
Pour franchir les parois cellulaires végétales, il a besoin de l'aide de certains agents dits tensio-actifs, dont le POEA. Une fois à l'intérieur, le glyphosate inhibe la voie de synthèse de certains acides aminés vitaux pour la plante.
C'est un herbicide total. Rien ne
lui résiste ...
« Dans le fond, quoi de si surprenant que cet herbicide s'attaque également aux cellules humaines et animales ? Comparées à la cuticule extrêmement dure des plantes, nos cellules sont des éponges ! » compare Gilles-Eric Séralini.
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Il est rejoint dans ses conclusions par Robert Bellé, de la station biologique de Roscoff. «Ces résultats sont incontestables», approuve ce dernier.
Travaillant avec son équipe sur des cellules
d'oursins, il avait déjà montré en 2002 que le Roundup touchait une
étape clé de la division des cellules.
« Un "point de
contrôle" qui, lorsqu'il est endommagé, peut déclencher une instabilité
génétique et conduire à un cancer », explique-t-il.
Et
les 2 chercheurs de rappeler d'autres études démontrant la toxicité
du Roundup, dont celle de Rick Relya (université de Pittsburgh, Etats-
Unis) en 2004 :
68 à 86% des jeunes amphibiens en contact avec le
produit sont morts au bout d'une journée. Pour les larves, le
pourcentage est monté entre 96 à 100%.
Autre étude, celle publiée en 2007 par Adriano Martinez et ses collègues de l'université de Cartagena, en Colombie. De leurs tests sur des cellules sanguines périphériques humaines, ils concluaient que « les formulations commerciales étaient plus cyto- toxiques que le composant actif seul ».
Quant à Dürdane Kolankya, de l'université Hacettepe d'Ankara, en Turquie, il est l'un des 2 auteurs d'un article publié en 2007 montrant l'effet toxique du Roundup sur le foie de rats qui en avaient ingéré.
Appuyant les résultats de l'équipe de Séralini, il pense également que « c'est la combinaison du glyphosate et des surfactants qui peut être dangereuse pour la santé animale et humaine ».
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Pourtant, avant de mettre ses produits sur le marché, Monsanto a l'obligation d'évaluer leur innocuité en menant notamment des études sur l'animal. Comment de tels effets ont-ils pu passer inaperçus ?
Le Monsanto Environmental Health Laboratory, basé à Saint Louis (Missouri, Etats-Unis), mène en effet quantité d'études sur le sujet.
On a ainsi
administré du glyphosate dans des capsules de gélatine à des chiens
beagle pendant 1 an. Sans observer de signes de toxicité.
On a
recherché l'action cancérogène de la molécule sur les souris. En
vain...
« C'est tout le problème de la réglementation actuelle, explique Gilles-Eric Séralini. Elle ne s'intéresse qu'au produit actif. En l'occurrence, le glyphosate. Les adjuvants, eux, font l'objet de tests écourtés. Et séparés... »
Pas étonnant dans ces conditions que les chercheurs indépendants qui étudient l'effet du Roundup commercial trouvent des résultats plus alarmants que dans les laboratoires du semencier américain où l'on ne se concentre que sur le glyphosate ...
La réaction officielle de Monsanto France à ces travaux a été : «L'étude de Gilles-Eric Séralini détourne intentionnellement l'usage normal du Roundup afin de dénigrer le produit, alors que sa sécurité sanitaire est démontrée depuis 35 ans à travers le monde.»
Une accusation qui met le chercheur hors de lui. «C'est
quand même faire preuve d'une certaine irresponsabilité que de qualifier ainsi
des tests menés sur des cellules humaines à des concentrations proches de celles
retrouvées dans notre environnement ! Cela signifie clairement qu'ils n'ont même
pas conduit eux-mêmes ces tests de toxicité !
Pourquoi s'étonner d'un tel
laxisme ? Après tout, depuis 30 ans, la législation permet aux pesticides de
n'être testés que par les industriels qui les vendent.»
Un
vide juridique qui aura permis au Roundup d'apparaître comme totalement
inoffensif durant très longtemps. Même auprès des chercheurs.
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« Cela a été une surprise totale pour nous ! se souvient Robert Bellé. Lorsqu'en 1998, nous avons décidé de
tester quelques pesticides qui s'apprêtaient à être mis sur le marché,
nous
avons choisi comme contrôle négatif un produit sûr, qui avait fait les preuves
de son innocuité et était totalement biodégradable comme l'assurait alors la
publicité qui passait à la télévision : le Roundup...
Avant de nous rendre
compte que c'était avec lui que nous obtenions les effets les plus importants !
C'est à partir de ces résultats inattendus que nous avons réorienté notre
recherche uniquement sur la toxicité de ce produit. »
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La
banalisation du Roundup explique sa forte présence dans les eaux
françaises, du fait d'un usage massif et incontrôlé.
Mauvaise élève en
matière de consommation de pesticides, la France en achète en moyenne
80.000 tonnes par an, dont 6.000 tonnes de glyphosate.
En Bretagne,
particulièrement, la situation est devenue inquiétante depuis une
dizaine d'années pour les eaux de surface.
En 2006, un rapport de la Direction régionale de l'environnement Bretagne mettait en garde sur le niveau de contamination «alarmant» atteint pour le glyphosate et l'AMPA.
2 ans plus tôt, ces deux produits étaient retrouvés respectivement dans 35% et 55% des échantillons. En 2006, leur niveau était monté à 60% pour le glyphosate et 91% pour l'AMPA !
Quels sont les effets sur la santé humaine ? Difficilement évaluables.
Il
existe bien des études épidémiologiques chez l'homme qui mettent au
jour des liens entre l'utilisation de pesticides et la survenue de
certains cancers.
Mais leurs conclusions ne peuvent être que générales
et il est difficile de quantifier l'effet de chaque molécule prise
isolément.
«Est-ce que l'épidémiologie est un outil
adapté pour mesurer l'effet des pesticides sur la santé humaine ? s'interroge Gilles-Eric Séralini. De plus, les effets
cancérogènes se mesurent sur un très long terme, 30, 40 ans. Nous ne les voyons
sans doute pas encore.» (...)
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Néanmoins, l'article de
Gilles-Eric Séralini ne semble pas rester lettre morte : à la suite de
sa publication, les ministères de la Santé et de l'Agriculture ont
demandé à l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa)
de relancer une expertise collective.
« Dans un cadre d'évaluation des risques, est-ce que cette
étude va remettre en question nos conclusions précédentes de 2007 sur
l'homologation du Roundup ? Nous le saurons dans quelques semaines », précise Thierry Mercier, directeur adjoint de l'agence.
Avec l'arrivée sur le marché depuis 1995 des semences OGM Roundup Ready, conçues pour résister à l'herbicide, la consommation de Roundup n'a fait que progresser.
Monsanto a investi l'an dernier 196 millions de
dollars pour augmenter de 10% les capacités de production de son usine
de Saint Louis.
On n'est donc pas près de voir le Roundup disparaître
de nos paysages et de nos rivières.
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Toutefois, les chercheurs qui
s'inquiètent de ses effets toxiques ne veulent pas forcément la mort de
l'herbicide vedette.
Ils reconnaissent que le produit est très
efficace, bien moins nocif que ses prédécesseurs et qu'il rend des
services considérables aux agriculteurs.
Mais ils demandent qu'une réglementation plus stricte lui soit appliquée. « Peut-être une limitation de sa vente, propose Robert Bellé, ou des étiquettes plus explicites sur sa toxicité. »
Et, en tout cas, une évaluation basée sur le produit commercialisé et non pas sur sa seule « matière active ».
« Même si je pense souhaitable que les produits
commercialisés puissent faire l'objet d'évaluations, cela me semble totalement
utopique dans la société actuelle, car cela conduirait à freiner
l'innovation, avance Pierre Lebailly.
Et, ni les
industriels ni les politiques ne sont prêts à prendre un tel risque.
Du reste,
n'oublions pas que les pesticides sont apparus avec la pratique de l'agriculture
intensive. Ils ne sont que le reflet d'un mode de culture que nous avons choisi
et ils ne sont qu'une partie du problème.»
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Si la réglementation sur l'homologation des pesticides devait évoluer vers une plus grande fermeté, cela ne serait sans doute pas sans conséquence pour Monsanto.
Malheureusement, malgré nos sollicitations répétées,
l'entreprise n'a pas donné suite à nos demandes de réaction sur le
sujet.
Le groupe a de la ressource. Et affiche une santé de fer.
En ces temps de récession proclamée, l'entreprise continue à engranger des bénéfices insolents, principalement par la vente de ses semences OGM et des produits à base de glyphosate.
Les résultats du 1er trimestre 2008-2009 ont même été qualifiés «d'historiques» par la compagnie. Le bénéfice net s'est élevé à 556 millions de dollars, soit 117% de plus que l'an dernier à la même période ...
Les actionnaires sont ravis. Ils recevront en conséquence le 24 avril un bonus de 10% sur leur dividende. Depuis 2002, c'est la 8ème hausse, avec un total de plus de 340%.
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Des recettes tenues secrètes
Les formulations du Roundup sont légion. Et secrètes.
Le produit original contient ainsi 44 % d'autres éléments que le glyphosate et le POEA, mais impossible d'en savoir plus.
Une autre formulation ne contiendra par exemple que 18% de glyphosate, 7% de POEA. Et là encore, mystère total sur les 75% de produit restants.
En tout, le catalogue de Monsanto détient une quarantaine de formulations de Roundup différentes.
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De multiples produits contiennent du glyphosate
Tombé dans le domaine public en 2000, le glyphosate n'est plus seulement produit par Monsanto, même si les produits Roundup restent les plus vendus (60% du marché du glyphosate en France).
Syngenta, DuPont, Bayer et des centaines de petits fabricants génériques, notamment en Chine, proposent désormais leurs propres herbicides à base de glyphosate.
En fonction des besoins, jardinage ou agriculture, de la qualité des sols, du climat, du biotope, quantité de formulations existent.A elle seule, Monsanto en commercialise plus d'une quarantaine.
Les adjuvants, indispensables pour que le glyphosate soit efficace, constituent de 60% à + de 90% du produit final selon les formulations (tenues secrètes par les fabricants).
En dehors du POEA, il existe une quinzaine d'autres types d'adjuvants. Les derniers en date, des surfactants à base de silicone, se taillent un joli succès grâce à leurs propriétés de dispersion et d'absorption inégalées.
Hervé Ratel - Sciences et Avenir
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